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   L'Erreur de l'Occident, fanzine parisien, 1984

   - Formation et influences ?

   HB : Tout ce qui passe dans nos oreilles. Rock, punk, hardcore, reggae, heavy-métal...

   - Pourquoi avoir formé Haine Brigade ?

   HB : Au départ des gens se sont rencontrés et rassemblés autour d'idées communes dont l'une était de faire un groupe. Surtout pour se sentir exister, pour s'exprimer, pour rire et pleurer, pour répondre à notre crise d'adolescence et pour connaître aussi d'autres personnes. Donc pas pour flamber devant la punkette du dimanche. On avait des trucs à exprimer et la vague punk avait répandu l'idée que le rock pouvait être autre chose qu'un simple musique de danse...

   - Comment ressentez-vous le sectarisme anti anarcho-punk qui se développe chez certains individus, zines, labels...?

   HB : L'anarcho-punk c'est le rock vidé des lourdingues, des flambeurs, des pulpeux, des nationalistes... C'est en fait un rêve et on a pas mal de progrès à faire. Cependant on va pas attendre que ça change, retroussons nos manches, prenons le maquis, rockons mes frères, demain sera un autre jour.
   On ressent le sectarisme dans le fait que beaucoup reprochent aux groupes "anarcho-punk" ou aux zines, leur engagement "politique". Pour certains les anarcho-punks sont une réminiscence des hippies et bien sûr ce n'est pas tolérable... Pour d'autres, il ne faut pas mélanger musique et politique. Simplement on n'a pas l'impression de faire de la politique lorsqu'on joue dans HB. La musique ou un zine c'est de la communication et il est donc normal qu'on exprime ce qui nous tient à coeur et ce qui nous motive. On ne fait pas de militantisme. On n'affirmera jamais que l'anarchie est la seule solution car en fait on n'en sait rien, on n'a jamais pu l'expérimenter... Simplement on revendique l'étiquette anarcho-punk plutôt qu'on nous en colle une autre sur le dos, parce que notre réflexion rejoint les idées fortes de l'anarchisme (refus de l'autorité, autogestion...) sans pour cela s'assimiler avec tous les anarchistes. Evidemment après des années (depuis 68) où la mode était à la révolte adolescente, souvent tout azimut et sans lendemain, aujourd'hui il est de bon ton d'être fun. Les anarcho-punks UK ou US se sont souvent trop enfermés dans des textes répétitifs qui n'ont pas fait beaucoup avancer et ont lassé. Le sectarisme anarcho-punk vis-à-vis des autres existe aussi dans le style "Nous on détient la vérité, les autres sont des cons !"

   - La scène anarcho-punk en France est très limitée. Selon vous, à quoi est-ce dû ?

   HB : Parce que l'anarcho-punk est l'anarcho-punk. Il trimballe l'anarchisme qui selon les époques, les personnes et les lieux ne signifie pas la même chose, d'où des embrouilles. Le punk lui n'a plus de raison d'être, sauf au niveau de l'influence (on sait, tout le monde était punk en 77 et on laisse à d'autres le soin de raconter tout ça). La France n'est plus le terrain privilégié pour les révolutionnaires de gauche. Contrairement à l'Allemagne, l'Italie, l'UK ou les US, les jeunes contestent de moins en moins, regardent tout ce qui se passe de haut, le nez dans leur bière, en se disant qu'ils n'y peuvent rien. Le punk ici n'a été (sauf exception : Métal Urbain, OMG, Lucrate Milk, Brigades...) qu'une mode et cela s'est trouvé illustré lorsque beaucoup de punks sont devenus skins ou new-waveux parce que la mode changeait. Etre punk en France n'a pratiquement jamais été synonyme de rébellion et de rupture avec le système, mais beaucoup se sont crus rebelles parce qu'ils avaient un cuir et les cheveux en l'air. Pour cela l'anarcho-punk ne correspond pas à une réalité ici, sauf pour quelques individus et ça explique que la scène soit si peu développée.

   - Que pensez-vous du sectarisme qui se développe au sein même des révolutionnaires et des rebelles ? Quelle est à votre avis la solution à ce problème ?

   HB : Cela prouve qu'il y a des cons partout et ils dérangent nos esprits bien tranquilles qui pensaient qu'il n'y en avait qu'à l'extrême-droite.  Il faut arrêter de penser que les gens pas comme nous sont des cons. La solution ? La volonté, pourquoi pas...
   Les querelles de clocher existeront toujours, même au sein des soi-disant révolutionnaires tant qu'ils n'auront pas compris qu'avant de changer le monde il faut d'abord se changer soi-même. La règle première doit être la tolérance et l'esprit d'ouverture vers tous les autres individus, même d"idéologie" différente. Personne ne détient la vérité et il ne sert à rien de rester figé sur les mêmes idées toute sa vie. On apprend 10 fois plus en cherchant à comprendre les motivations des autres qu'en les rejetant. Tant que certains ne seront guidés que par des idéologies plutôt que par leur réflexion et leurs sentiments, il y aura de l'intolérance. Par exemple Crass n'a jamais dit "Soyez tous anarchistes" mais "Pensez par vous-même".

   - Vos positions par rapport au fascisme, racisme, impérialisme ?

   HB : Anti. Qu'ils soient de droite ou de gauche. Ces mots ne se rapportent qu'à une réaction violente.

   - Comment voyez-vous le monde d'ici une vingtaine d'années ?

   HB : Le monde n'est qu'une division. Arabes/Juifs, Est/Ouest, Français/Immigrés... Certains s'en éloignent et tant mieux. Certains l'oublient parce qu'on est conditionnés et que de toute façon on va pas changer l'histoire humaine. On a l'habitude maintenant. L'absurde aussi joue un rôle : on arrive à s'émouvoir plus pour 8 pélots en otage au Liban que pour un peuple qui meurt. S'émouvoir... en fait c'est à celui qui sera le plus glouton en faits divers.
   Toutes les hypothèses ont été envisagées par les auteurs de science-fiction et en fait de très nombreuses sont plausibles. On évitera de jouer les prophètes mais on ne peut qu'être inquiets lorsque l'on voit chaque jour les espaces de liberté se restreindre peu à peu.

   - Projets ?

   HB : On espère pouvoir faire un disque sur le label auquel on participe (Bébé Rose Productions) d'ici septembre, octobre. Des concerts aussi. On va se lancer l'année prochaine pour en faire le plus possible car cette année c'était plutôt pas terrible de ce côté-là...

   - C'est tout !!!

   HB : Cette question nous pose un grave problème de conscience provocant des débats insurmontables. Ne passons plus à côté des choses simples. 1 + 1 est toujours égal à 5 !