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INTERVIEWS
On
a Faim, 1987
Est-il
utile de présenter Haine Brigade aux lecteurs
d'OAF ! Depuis le temps qu'on vous en parle, et puis
vous avez dû au moins, acheter leur fanzine Kanaï,
et puis peut-être leur album "Sauvages".
OAF
: Pourquoi cet album ?
HB
: On est parti enregistrer une semaine à Londres,
en fait c'est parce qu'on en avait marre de ne pas avoir
fait de disque depuis qu'on existe. On voulait faire
un 45 Tr mais on s'est vite aperçu que c'était
trop réduit par rapport à tous les morceaux
qu'on avait et par rapport à tout ce qu'on voulait
dire.
OAF
: Pourquoi Londres ?
HB
: D'abord on a cherché des studios sur Lyon mais
il n'y a que des studios pour enregistrer de la variété
et ils sont très chers. A Paris, les gens nous
ont dit que les studios n'en faisaient qu'à leur
tête pour le son, ça ne nous intéressait
pas et c'était cher aussi. Et puis Patrice de
New Wave, nous a dit qu'à Southern Studio ils
accepteraient de nous enregistrer. On n'y croyait pas
trop parce que Southern Studio a quand même une
certaine réputation (Crass, Jesus and Mary Chain,
des groupes de reggae y sont passés). Au début
ils n'étaient pas très chauds. Ils pensaient
que comme on n'avait jamais fait de studio ça
risquait d'être la galère, et puis un groupe
français... ils craignaient un peu, mais Pierre
de Jungle Hop qui bosse là-bas, a réussi
à les convaincre.
OAF
: Sur place, vous avez vu des gens ?
HB
: Pas tellement parce qu'on n'avait pas beaucoup le
temps de faire autre chose que de la musique. Normalement
on avait 10 heures de studio par jour, mais les jours
où on en faisait le moins c'était 12 H
et le plus, 18 H. Alors on n'avait pas le temps de discuter.
On dormait dans le studio où Sue nous amenait
le lait tous les matins, c'était sympa. Au départ
on devait être hébergés à
l'extérieur mais on se voyait mal quitter le
studio à 2-3 H du matin pour revenir tôt
le matin ! On a tous dormi entassés dans la pièce
d'enregistrement, tous en rang d'oignons. Ca faisait
rire les gens mais ils s'y sont fait. L'an dernier quand
on avait tourné en Allemagne, on avait dormi
1 mois comme ça, alors on était rôdés.
Autrement l'ingénieur du
son était super marrant et professionnel. Pourtant
c'était la 1ère fois qu'il enregistrait
ce genre de musique-là. Lui il bossait avec l'ancien
batteur de PIL, c'était pas exactement la même
chose. Au studio il y avait une ambiance vraiment chaleureuse.
Ah oui... on a vu le bassiste de Crass et Eve Libertine.
On a été extrêmement surpris de
les voir mais on n'a pas parlé ensemble.
OAF
: Musicalement, j'ai trouvé que votre son était
plus froid que ce que vous faisiez avant.
HB
: En fait on aurait voulu faire quelque chose d'un peu
plus chaud, surtout avec les rythmes : le son de la
batterie est très sec, la guitare est dure, mais
c'était voulu. On n'avait pas de titre plus "chaud"
qui nous satisfasse suffisamment pour les mettre sur
disque.
OAF
: Et qu'ont dit les gens du studio de ce que vous faisiez
?
HB
: Ils ont été surpris. Ils pensaient que
ça serait du punk tout du long et en fait c'est
très varié. Ils ont été
surpris qu'il y ait un saxo, que ce soit du chant et
non des cris... Ils trouvaient qu'il y avait un mélange
de genres assez intéressant. Le batteur par exemple,
jouait d'une manière heavy-métal, carrée.
OAF
: Quand vous jouez ensemble vous arrivez à faire
une synthèse, même si vous n'écoutez
pas les mêmes musiques ?
HB
: C'est ça qui est bien. Chacun amène
sa façon de voir. Dans le groupe chacun écoute
des trucs que les autres n'écoutent pas et mis
ensemble ça donne Haine Brigade, et tout le monde
s'y retrouve. Le saxophoniste par exemple qui n'écoute
que de la musique industrielle, est vraiment branché
par ce que l'on fait. On trouve toujours une satisfaction
dans le fait de créer. On trouve que c'est bien
que l'on soit tous différents. Si on écoutait,
si on aimait les mêmes choses, ça restreindrait
la créativité. Dans ce genre de groupe
où tout le monde aime la même chose, soit
tous les membres évoluent en même temps,
soit il y a cassure rapidement. Comme on vient tous
d'horizons différents, on s'apporte tous des
trucs.
OAF
: Au niveau des concerts, comment ça se passe
?
HB
: A Lyon c'est pratiquement impossible d'en trouver.
Il n'y a quasiment pas de salle.
OAF
: Personne n'est content. Quel que soit l'endroit où
l'on vit, c'est toujours le même problème...
HB
: A Paris on ne comprend pas pourquoi les gens se plaignent.
Quand on voit la bio des groupes parisiens, tu vois
qu'ils ont tous fait au moins 30 concerts à Paris.
Quand on aura fait 30 concerts à Lyon, ce sera
bien...
OAF
: Pouvez-vous me parler de la boutique que vous avez
ouverte. Vous n'y vendez que du punk et du hardcore
?
HB
: Du rock aussi, comme Chihuahua, ou même Los
Carayos. On essaie de ne diffuser que les groupes qui
sont dans un esprit alternatif, du moins indépendant,
mais on vend aussi du heavy métal. On essaie
de se fournir directement au label. Pour les labels
français il n'y a aucun problème, mais
pour l'étranger c'est déjà plus
dur, ou alors on passe par New Rose parce qu'il y a
des disques que l'on ne peut trouver que chez eux. C'est
aussi en fonction du fric qu'on a. On tend à
se diversifier tout en sachant qu'on ne prendra pas
de gros labels.
OAF
: Vous avez des projets pour votre label Bébé
Rose Productions ?
HB
: C'est pas facile à dire, on a des projets mais
faut voir...On voudrait bien faire quelque chose avec
les Kamioneurs du Suicide par exemple, mais c'est des
histoires de fric, de contacts...

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