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INTERVIEWS
Est-ce
bien raisonnable ?, Nov 1987
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Stéphane, tu t'es présenté comme
manager de HB et chef mécanicien. Manager, c'est
sérieux ?
S
: Non, mais je connais le groupe depuis qu'il existe,
j'ai pas mal tourné avec eux et ça m'intéresse
d'organiser une tournée. Mais je n'ai jamais
pris une décision sans en référer
au groupe. Je m'occupe de la promo de l'album, ou plutôt
on la fait ensemble et je ne fais pas partie du groupe
alors... Je suis le 6ème du groupe quoi.
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Vous commencez à tourner un peu ?
HB
: Disons qu'on commence juste à avoir les contacts
suffisants. En plus c'est pas qu'on veut pas mais on
peut pas. On a la "malchance" de ne pas être
un groupe de chômeurs et tout le monde ne peut
pas partir un mois en tournée.
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C'est plus dur quand on est un groupe de province ?
HB
: Non, ce n'est pas plus difficile. Ca sera peut-être
plus dur pour trouver des concerts sur Paris, mais tourner
en France ne devrait pas poser de problèmes.
A Paris les gens se connaissent. Nous n'y allons qu'occasionnellement
et beaucoup de nos contacts se font par courrier. En
ce moment par exemple on a un problème de distribution.
On est obligé de monter sur Paris exprès.
On ne reste que 3 jours, on ne peut pas bien le régler.
On serait sur place ça ferait longtemps que ça
serait terminé. En fait on est obligé
d'aller à Paris régulièrement,
c'est pas possible de faire presser et graver un disque
sur Lyon, ni de faire la pochette. En fait pour être
connu en France, il faut monter sur Paris. OTH, tant
qu'ils n'avaient pas fait de concert à Paris,
ils n'étaient pas connus nationalement, mais
ça faisait un moment qu'ils étaient connus
en province !
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A la limite, quel intérêt d'être
reconnu en France ?
HB
: Pour toucher un plus grand public. Mais c'est sûr
que c'est pas parce que tu passes à Paris que
"ça y est". D'ailleurs notre but n'est
pas de faire un concert à Paris. On n'a même
pas vraiment cherché. A choisir entre un concert
à Paris et 10 dates en province, notre choix
est fait d'avance ! En plus on ne jouera pas à
Paris à n'importe quel prix, comme le font certains
groupes de province qui, sous prétexte de jouer
là-bas, le font à n'importe quel prix.
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Pas de concessions pour devenir des rock stars ?
HB
: Des concessions, il y aura toujours des gens pour
trouver qu'on en fait. Nous on en fait pas. Et surtout
pas pour devenir des rock stars !!
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Quels sont les avantages d'être en province ?
HB
: De toute façon on n'a pas choisi ! Mais à
la limite on est plus loin de la gué-guerre.
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C'est bien d'avoir un peu de recul ?
HB
: Oui, ça permet d'être en bons termes
avec tout le monde. Nous on voit Paris comme complètement
morcelé. Si tous ces gens-là se mettaient
ensemble ça donnerait sûrement quelque
chose de très intéressant.
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HB est un des seuls groupes français qu'on peut
qualifier d'anarcho-punk, peut-être avec KArnage
et OMG...
HB
: C'est vrai qu'au départ de Haine Brigade on
pouvait vraiment se cataloguer et dire "On est
des anarcho-punks !". On a fait le groupe sur cette
base là et on se donnait carrément une
étiquette énorme et c'est vrai qu'à
ce moment-là, il n'y avait que Karnage et OMG.
Maintenant il y a quand même Verdun, Scraps...
Mais ça a évolué, les groupes ont
changé, et tout en gardant une conscience politique,
elle n'est plus uniforme et on ne tend plus tous vers
la même direction.
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Ca se voit un peu sur votre disque, vous ne cerclez
plus les A de Haine Brigade. Pourquoi ne vous réclamez-vous
plus de cette étiquette ? Y a t'il un paralléllisme
entre votre démarche et celle des anarcho-punks
anglais qui tendent aussi à abandonner toute
étiquette ?
HB
: Ce sont sur des trucs plus personnels que ça
a changé. Les gens qui sont rentrés dans
le groupe n'avaient pas les mêmes optiques. Laurent,
quand il est arrivé au chant, n'avait jamais
écouté Crass de sa vie. Au niveau des
idées, nous les partagions. Mais lui écoutait
du punk-rock (Clash et des trucs comme ça). Il
avait une conscience politique mais différente
de celle qu'on a après avoir écouté
Crass. Régis, le batteur, suivait ça de
loin et sa conscience politique ne représentait
pas quelque chose de mûrement réfléchi.
Il n'avait pas lu de bouquins ni écouté
de groupes politiques. Ca ne l'intéressait pas
spécialement, mais il était quand même
d'accord avec eux. Nous-mêmes
avons évolué. Les A cerclés étaient
quelque chose de tellement galvaudé qui n'avait
plus aucun sens. Et en continuant à cercler les
A, on nous cataloguait avec des gens avec qui nous ne
voulions pas être. Au début nous étions
militants, le groupe était pour nous notre façon
de faire de la politique. Et à partir d'un moment
ça n'a plus été ça parce
que nous ne pouvions plus faire de la politique dans
le sens militant, parce qu'on en avait plein le cul
de tous ces shémas, et assez de faire de l'idéologie
plutôt que de dire ce qu'on pensait. En plus on
pensait que se présenter avec des A cerclés
nous bouchait beaucoup d'issues. On se coupait de beaucoup
de gens qui auraient pu être intéressés
par ce qu'on allait dire.
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On peut aller loin pour pas choquer, on peut enlever
le "Haine"...
HB
: D'ailleurs ça ne nous dérangerait pas.
On peut aller jusqu'aux limites du groupe jusqu'à
ce que tout le monde soit d'accord.
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Jusqu'à ce que le groupe n'ait plus aucune saveur
aussi ! Pour qu'il soit accepté par tout le monde
!
HB
: Non. Le but n'est pas que nous soyons acceptés
par tout le monde. La moitié du groupe ne se
reconnaît pas dans le A cerclé. Ceux qui
sont arrivés après ne se sont d'ailleurs
jamais considérés comme anarchistes. A
ce moment-là, on peut mettre les idéologies
politiques des six membres du groupe qui vont du socialisme
à l'anarchisme, une rose, une faucille et un
marteau et un A cerclé ! Et puis on a tous une
gêne par rapport au nom d'Haine Brigade. On a
toujours la haine mais Haine Brigade est un nom violent
alors que nous ne le sommes pas. "Haine" nous
semble péjoratif. On le ressent tous comme ça.
C'est d'ailleurs pour ça qu'on a fait une telle
pochette, avec une photo tendre. Mais on ne la ressent
pas si tendre que ça en fait. C'est pour ça
que le titre est "Sauvages". On n'a pas mis
un titre super-cool, genre "vive la vie",
"vive l'amour". D'ailleurs on a un texte d'humeur
dans lequel on dénonce les mecs qui ne parlent
que de haine. Dans la vie, tout ce qui est racisme et
intolérance, c'est de la haine à l'état
pur, de la haine négative.
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Vous êtes pour une haine positive, créatrice
?
HB
: Oui, en gros c'est ça. C'est très difficile
à expliquer. Par exemple on considère
que détruire le racisme c'est constructif.
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Dans la chanson "Face à face" vous
développez une idée assez intéressante
: vous vous revendiquez comme des sauvages dans une
civilisation telle que la notre, cependant la fin m'a
un peu déçu. Vous dites : "Ne vous
en faites pas, on vous fera pas grand mal".
HB
: Les deux premiers couplets sont ce que l'on ressent,
ça correspond à l'humeur d'un moment,
l'envie de tout casser, de descendre dans la rue. Tu
regardes la télé et t'as vraiment les
boules. Tu te dis c'est pas possible, je m'achète
une kalashnikov et j'y vais. Ca c'est un fantasme et
refuser la civilisation c'est aussi un fantasme parce
qu'on est obligé de vivre avec. On ne renie pas
le fait de ne pas être civilisé parce qu'à
la fin il y a une reprise "Nous sommes les sauvages
et demain nous serons face à face". Stef
: Moi qui n'ai pas écris le texte, j'ai pris
le dernier couplet comme de l'honnêteté,
parce que jusqu'à présent, ni celui qui
a écris le texte, ni aucun membre du groupe n'a
pris une kalashnikov pour descendre dans la rue. Un
groupe qui dirait "prenez les armes, etc"
et qui ne le ferait pas serait malhonnête. Après
tu peux disserter si c'est un manque de courage, de
volonté ou de ce que tu veux... HB
: Un manque d'opportunités ! En fait le texte
a été tronqué, il ne finissait
pas comme ça au départ. La fin normale
c'était "Méfiez-vous, un jour on
peut être nombreux, à n'avoir plus rien
à perdre, à être moins raisonnables.
Ce jour-là, vous et les sauvages vous serez face
à face". A l'enregistrement, le texte a
été chanté sans ça par accident,
parce que les paroles ne collaient pas super-bien. On
a laissé le couplet de côté pour
le refaire après et c'est passé comme
ça. On s'en est aperçu 2 jours après
en écoutant la K7. On voulait mettre le texte
normal sur le livret et finalement on ne l'a pas fait.
C'est dommage. Mais il y a des millions de choses importantes
qu'on a pas faites ! Par exemple, dans "I gonna
do my head", on voulait absolument qu'il y ait
des rires à la fin, que ce soit pris comme un
gag.
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D'ailleurs, pourquoi vous l'avez faite celle-là
?
HB
: Par plaisir de faire un truc très speed, surtout
pour le batteur et le guitariste. On le faisait en répet
pour s'amuser et on s'est dit pourquoi ne pas la mettre
sur le disque, ça fera un morceau bien gag. Et
puis il y a plein de gens qu'on connait qui aiment bien
la musique comme ça. D'un autre côté
c'est pour dire que le speed métal c'est pas
la panacée, il y a beaucoup de gens qui sont
capables d'en faire. Il y a beaucoup trop de gens qui
trouvent que les groupes qui jouent ça sont arrivés
au sommet par rapport au punk ou au hardcore. Les rires
à la fin ils y étaient, on a tellement
ri quand on a enregistré la voix... Et puis ça
a sauté au mixage.
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Ca va faire un moment que vous existez et vous ne sortez
un disque que maintenant ?
HB
: Pendant très longtemps il ne nous est même
pas venu à l'idée qu'on pouvait faire
un disque tous seuls. Ca paraissait énorme. Et
après tu te dis "On serait peut-être
capables de faire un disque mais il faut attendre qu'il
y ait un label qui nous le fasse", pas une grosse
boite mais un label indépendant.Et puis un jour
tu te dis "Merde et pourquoi on ne pourrait pas
le faire nous-mêmes ?" Tu te poses tous les
problèmes de tunes, etc, et tu te dis que c'est
facile. Et ça, il faut que ce soit clair, tout
ce qu'on a fait, que ce soit le disque, le label, le
zine, le magasin, n'importe qui peut le faire ! On n'est
pas des dieux. Le tout c'est d'avoir l'idée et
la volonté.
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Vous avez enregistré votre disque à Southern
Studio. On pourrait penser que c'est une sorte de pèlerinage...
HB
: A la limite, la seule personne du groupe qui aurait
pu faire ça dans ce sens, c'est Gilles car il
est le seul qui écoute Crass régulièrement.
Mais on cherchait un studio et à Lyon on a vu
qu'il ne se faisait que de la variété,
ça n'avait aucun intérêt. Si on
faisait un disque, on voulait que ce soit de bonne qualité
au niveau du son. S'il y avait des reproches à
nous faire, ça ne pouvait être que par
rapport à la musique ou aux textes. Si ça
ne plaisait pas aux gens, on ne pouvait que s'en prendre
à nous. Et puis si le son ne plait pas, c'est
à cause du groupe. On ne peut pas se retrancher
derrière le fait que le studio ait pu nous saborder.
On peut revendiquer tout le disque !

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